Kumbh Mela 2013

La Maha kumbhamela est un pèlerinage hindouiste se produisant tout les 12 ans. Le plus grand pèlerinage au monde durant lequel des dizaines de millions d'indiens venant de tout le pays affluent sur les bords du Gange (que ce soit pour quelques heures comme plusieurs jours).

 

Cette année, c'est à Allahabad (proche de la ville de Varanasi, ville sainte pour l'hindouisme) que cela se passe. On estime à 100 millions de pèlerins à s'être rendue ici cette année.

 


Arrivée à la Kumbh Mela

(16/05/2013)

Vu le monde qu'il y a dans le train, nous décidons de descendre une gare avant, histoire de ne pas se déplacer une fois de plus dans le cahos de la foule indienne. C'est donc en pleine nuit que nous suivons un homme et son père eux aussi descendus une gare avant. Le vieillard sait où il va, nous marchons à ces côtés échangeant de temps en temps un rire ou un sourire. Puis nous arrivons à l'entrée d'un pont, celui qui passe au dessus du Gange menant à la ville d'Allahabad. Nous nous engageons sur ce long pont qui balance lorsqu'un poids lourd passe. C'est là que la magie de la Kumbh Mela apparut. En cette saison, le Gange est bas, de chaque côté du fleuve, dans le lit sec du Gange s'est installé une ville de tente. Sur quelques kilomètres de large, à perte de vue le long du fleuve sacrée sont montées des milliers et milliers de tentes. Des lampadaires ont mêmes étés installés ! En pleine nuit du haut du pont, nous observons cette ville temporaire envahie de feux de camps.

 

C'est incroyable, l'organisation est folle. Construire une ville dans le lit d'un fleuve : encore un délire indien !

Une fois le pont traversé, nous descendons les rues vers les bords du Gange. Ça y'est, nous sommes arrivés à la kumbh mela, nous entrons dans cette ville construite dans le lit du Gange. Nous le traversons en pleine nuit, et atteignons la rive. Des indiens sont déjà là dans l'eau ou assis en famille au bord. Il n'y a pas beaucoup de monde ... Épuisé, je me fais un petit tapis de paille, m'allonge dans mon sac de couchage et m'endors pour la première fois, à la belle étoile, au bord du Gange au milieu des paroles indiennes.

 

A mon réveil lorsque j'ouvre les yeux, je me retrouve au milieu d'une kumbh mela digne de ce nom. Des indiens partout autour qui s'activent ! Le spectacle commence !

Des milliers et des milliers ... Une foule d'indien le long du Gange. Magnifique, une masse de toutes les couleurs. Du jaune, du rose, du bleu, du vert, du rouge qui va et vient vers ce fleuve. Le principal se trouve sur les rives, c'est ici que le pèlerinage à lieu. Les indiens viennent s'immerger dans l'eau du Gange.

Malgrès que l'eau soit froide, baignade pour tous! Certains gamins en rigolent, d'autres pleurent tandis que leur mères les tirent par la main. Organisés, les hommes commencent pendant que la famille garde les affaires. Tous vêtus de ce même caleçon blanc vieillot, une vieille clé pendant à une ficelle autour du cou, par groupe de deux ou trois, se donnant parfois la main, les pères de famille prennent leur bain sacré.

 

Pont temporaire reliant les deux rives du Gange
Pont temporaire reliant les deux rives du Gange

 Les femmes ne se déshabillent pas, se baignant dans leurs longs saris. Certaines femmes sont très agées, mais ne renoncent pas pour autant aux bains. Par groupes de mamies indiennes, se donnant la main, elle s'aident à entrer dans le fleuve, soulèvent les saris devenus lourd par l'eau de leurs amies pour les aider à le remetre.

 

Le rituel est plus ou moins le même pour tous ... En général ils s'immergent plusieurs fois dans l'eau, prient tout en prenant de l'eau dans leur main qu'ils lèvent vers le ciel.

 

Ce qui est marrant, c'est que les indiens ne savent pas nager. Du coup une barrière en bambou est installée tout le long à une dizaine de mètre du bord. Dès qu'un indien s'approche trop près de la barrière, les policiers (plus que présent pour cet évènement) sifflent sans retenue.

Encore mieux, des barques sont attachées tout les 20 mètres le long de la barrière. Si un indien s'éloigne trop du bord, il risque de recevoir un coup de baton de la part de l'homme dans la barque !

 

Le spectacle continue sur les bords du Gange! Agenouillés au bord de l'eau, les indiens viennent déposer des offrandes. Très appliqués dans leur geste, ils déposent sur le Gange des fleurs ou bougies sur des petites coupelles en terre qui s'éloignent avec le courant.

Tout le monde vient remplir une bouteille ou un bidon. En rentrant chez eux, ils verseront quelques gouttes sur le front de leurs amis qui ne sont pas venus, quelques unes sur leur moto, leur boutique, leur temple, leur vache, leur chèvre, leur porte monnaie bref, n'importe quelle chose qui leur est importante.

 

Les femmes lavent leur vêtement dans le fleuve tandis que quelques gamins aux slips déchirés cherchent les pièces perdues dans l'eau à l'aide d'aimants accrochés au bout d'une corde qu'ils tirent à longueur de journée.

 

On ne se lasse pas de marcher le long du fleuve sur un sol recouvert de fleurs roses, morceaux de coupelles en terre etc ... Mais parfois, on décide de s'éloigner du Gange.

 

On traverse alors la foule en évitant les familles assises en plein milieu. On croise alors toute sorte de monde : des vendeurs de fleurs, d'offrandes, colliers hindou, mais aussi des mendiants, des vaches sacrées, et ces fameux sadhus.

 

Qu'est ce qu'un Sadhu ? En inde un Sadhu est celui qui a quitté la société et tout bien matériel pour l'hindouisme. Vêtus de couleur orange, barbes longues, dreadlocks sur la tête parfois emballées dans un tissu orange, plus ou moins peint du visage en fonction de la personne, ils portent tous à la main cette petite gamelle en métal renfermant toute leur fortune à l'intérieur: deux ou trois sous, une boite d'allumette et un élastique. Certains vagabondent bâton à la main, d'autres utilisent un trident.

En s'éloignant du Gange, on entre dans la ville en tente. L'organisation surprend. On parle de secteurs comme des quartiers. Dans chaque secteur on trouve un hôpital, une caserne de pompier et un commissariat.

Il y a aussi des "chapiteaux" servant de temples dans lesquels dorment la plupart des sadhus. Des rues pouvant laisser passer des véhicules sont éclairées par des lampadaires. Ensuite ce sont seulement des milliers de tentes plantés à trente centimètres les unes des autres. Dans ces tentes vivent les familles indiennes et quelques sadhus.

 

En déambulant dans ces rues, on observe les indiens vivre dans ce camp, se lavant ou faisant leur lessive aux pompes à eau installées aux coins des rues. Les petites échoppes cuisinent des broutilles dans une casserole remplie d'huile. Par ci par là, un groupe de quatre ou cinq sadhus assis sur le sol en sable, discutent. Malgré les centaines de "toilettes" installées (ou plutôt quatre planches de tôle servant de petit mur), les indiens gardent leur culture d'aller faire leur besoin n'importe où ... Résultat, un peu partout se forme de vraies flaques voir marre d'urine dégageant des odeurs à vous faire tomber mort.

 

Mon père aux wc en compagnie de deux sadhus
Mon père aux wc en compagnie de deux sadhus

Parfois il arrive de passer devant un lépreux, allongé à même le sol, à moitié recouvert par un vieux tissu miteux. De ce qui dépasse, on peut voir un bras et une jambe à moitié rongés sur lesquels des dizaines de mouches viennent se poser. Tout autour du corps, des pièces que les passants ont jetées trainent dans la poussière.

 

lépreux au bord de la route ...
lépreux au bord de la route ...

La deuxième nuit, nous avons dormi de nouveau à la belle étoile, sur une planche en bois, pas loin des décharges et flaques d'urine. La troisième, trop fatigués, nous avons dormis en ville, à Allahabad.

 

Deuxième nuit à la belle étoile
Deuxième nuit à la belle étoile

D'ailleurs en ville aussi on sent l'excitation de la Kumbh Mela. Les rues sont pleines à craquer ! Les voitures klaxonnent sans cesse, pris au piège dans un embouteillage comme on peut le voir seulement en inde !

Par exemple une voiture qui remonte en sens inverse une file embouteillée. Ou alors un tetris réel de voitures, tuk tuk, tracteur, charrettes et moto dans un carrefour dans lequel quelqu'un décide de faire demi tour! Des policiers qui tentent de faire entendre leur sifflet étouffés sous le bruit des klaxons,moteurs etc ...

 

Dans les rues d'Allahabad
Dans les rues d'Allahabad

Du coup, les derniers kilomètres entre Allahabad et la ville de tente installée dans le lit du Gange sont fermés aux véhicules. C'est comme ça que j'aurai vu la plus grosse foule de ma vie. Une marrée humaine. Bien organisé, chaque sens de marche à son côté. Mais face aux nombres de personnes, cela n’empêche pas les bousculades et l’étouffement !

Ces kilomètres étaient une vraie épreuve morale, il fait chaud, on se perd, on se marche les uns sur les autres, on se prend des coups, ça sent mauvais, et en plus de cela, des hauts parleurs crient des paroles et chants hindous non stop à vous rendre fou!

 

Arrivée sur les bords du Gange
Arrivée sur les bords du Gange

Heureusement, pour relâcher la pression accumulée toute la journée, le soir est particulièrement reposant au bord du Gange. En effet, tout les soirs est organisé un énorme repas pour les sadhus. Des centaines de sadhus se rejoignent le soir, juste avant le coucher du soleil et s'assoient par terre en ligne.

Des indiens passent chacun leur tour, distribuant d'abord une feuille de bananier pour sous table, un second distribue le riz qu'il porte dans une bassine en métal. Les chapatis suivent dans un panier. Un dernier distribue un billet à chacun. Après un chant de prière collectif, les rangées de sadhus de se mettent à manger, pendant que le soleil se couche face au Gange, au bord duquel les indiens continuent de laver leur saris etc ...

 

Une fois la fin du repas annoncée, en une fraction de seconde la masse orange se lève et se disperse laissant derrière plus que les feuilles de bananes sales. Chaque le rituel est le même : après manger les sadhus se pressent d'aller uriner, de fumer, puis chacun décide de ce qu'il veut faire. Certains se couchent, d'autres méditent près du fleuve alors que les plux courageux vont faire un dernier tour dans l'eau du Gange.

 

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Commentaires : 2
  • #1

    Ariane K. (vendredi, 17 mai 2013 20:14)

    Je suis ton histoire depuis le début... Mais je n'ai jamais osé t'écrire.

    Nous avons le même âge, et tu fais ce dont j'ai toujours rêvé. De mon appartement d'étudiante à Tours, c'est un peu comme si tu m'amenais avec toi, je déguste tes textes écrits d'une plume rare et précieuse, toujours avec une pensée réfléchie. Tes photos sont tout aussi magnifiques.
    Je voulais juste enfin te dire merci. Merci de partager tout ce périple. Merci de nous emmener dans ton rêve. Et surtout, continue Antoine.
    A bien vite, je l'espère.

  • #2

    Thirion (lundi, 20 mai 2013 16:41)

    J'ai trouvé très intéressant votre reportage sur ce pèlerinage en Inde et je vous félicite de nous avoir rapporté tous ces détails et ces photos. Merci et je compte sur vous pour nous en rapporter d'autres.
    Sabine

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